mardi 2 octobre 2018
lundi 1 octobre 2018
Kazakhstan : L’hymne national
En 2006, le parlement du Kazakhstan adopta un nouvel hymne national, « Mon Kazakhstan » (Meniñ Qazaqstanım en kazakh), composé à partir d’une chanson soviétique vantant la politique khrouchtvienne de colonisation agricole des Terres vierges dans la fin des années 1950 et destinée à en faire l’apologie.
Ce recours à un texte vieux de cinquante ans pourrait certes surprendre.
Pour autant, il s’explique aisément : il va de pair avec l’idée d’une reconquête des Terres vierges tout en traduisant une nationalisation des symboles de la modernisation soviétique.
À la différence du premier hymne de l’indépendance (Hymne national de la République du Kazakhstan), tenant de l’affirmation identitaire agressive, le nouveau possède un ton plus neutre.
On n’y trouve qu’une seule fois mention du peuple kazakh.
L’adresse au citoyen, au patriote, s’opère sur un mode plus neutre et englobant, moins exclusif et guerrier.
Il existe une autre chanson, intitulée « Elim aï », qui peut être considérée comme traditionnellement kazakhe.
Elle dépeint en effet les moments de lutte armée face aux Djoungars, au XVIIIe siècle.
En 1992, un concours départagea plusieurs centaines de projets pour le nouvel hymne républicain.
Un groupe de quatre écrivains et poètes l’emporta : Muzafar Alimbaev, Kadyr Myrzaliev, Tumanbaj Moldagaliev et Žadyra Daribaeva. Trois compositeurs se chargèrent de l’air musical accompagnant les paroles : Mukan Tulebaev, Evgenij Erusilovskij et Latyf Khamidi.
Mais cet hymne ne recueillit pas le plein assentiment de la population , le chant qui avait servi à motiver les participants à l’opération des Terres vierges était bien plus populaire.
C’est ainsi que le président Nazarbaïev reprit les paroles de « Mon Kazakhstan », vieille d’une cinquantaine d’années.
Ce qui permit, en dernière instance, de simplifier les honneurs à rendre aux auteurs de ce symbole important : c’était désormais au président Nazarbaïev, considéré comme principal fondateur de l’État, que l’on devait la paternité de l’hymne national.
La composition fut inaugurée en grande pompe lors de la prise de fonction de Nursultan Nazarbaïev après sa réélection en 2006.
Le texte offre une tentative d’ancrage dans un passé lointain pour conférer une existence légitime à l’État-nation.
Par ailleurs, faisant système avec le drapeau, cet hymne présente d’emblée les mêmes éléments symboliques (astre solaire, ciel bleu).
L’attachement patriotique à la communauté nationale ainsi qu’au territoire, exprimé sur un mode lyrique (« ô mon peuple, ô mon pays ») transforme en une évidence l’adéquation entre le groupe humain et les frontières du Kazakhstan indépendant (« j’ai en peuple indépendant... notre heureux pays »).
Il est même celui qui garantit l’unité nationale. L’hymne, en tant qu’icône textuelle, contribue donc à la sacralité de l’ordre politique et sert de support à la « représentation subjective » de la nation, qui fonde le sentiment individuel d’appartenir à une même communauté.
Dans le cas présent, c’est bien celle de la nation kazakhstanaise.
Des moments plus ordinaires d’assimilation des symboles nationalistes existent, qui distinguent une communauté et permettent l’émergence d’une croyance relative au sentiment national.
Ainsi, les mariages sont une inscription particulièrement importante de cette appartenance identitaire dans la vie des individus.
Ce recours à un texte vieux de cinquante ans pourrait certes surprendre.
Pour autant, il s’explique aisément : il va de pair avec l’idée d’une reconquête des Terres vierges tout en traduisant une nationalisation des symboles de la modernisation soviétique.
À la différence du premier hymne de l’indépendance (Hymne national de la République du Kazakhstan), tenant de l’affirmation identitaire agressive, le nouveau possède un ton plus neutre.
On n’y trouve qu’une seule fois mention du peuple kazakh.
L’adresse au citoyen, au patriote, s’opère sur un mode plus neutre et englobant, moins exclusif et guerrier.
Il existe une autre chanson, intitulée « Elim aï », qui peut être considérée comme traditionnellement kazakhe.
Elle dépeint en effet les moments de lutte armée face aux Djoungars, au XVIIIe siècle.
En 1992, un concours départagea plusieurs centaines de projets pour le nouvel hymne républicain.
Un groupe de quatre écrivains et poètes l’emporta : Muzafar Alimbaev, Kadyr Myrzaliev, Tumanbaj Moldagaliev et Žadyra Daribaeva. Trois compositeurs se chargèrent de l’air musical accompagnant les paroles : Mukan Tulebaev, Evgenij Erusilovskij et Latyf Khamidi.
Mais cet hymne ne recueillit pas le plein assentiment de la population , le chant qui avait servi à motiver les participants à l’opération des Terres vierges était bien plus populaire.
C’est ainsi que le président Nazarbaïev reprit les paroles de « Mon Kazakhstan », vieille d’une cinquantaine d’années.
Ce qui permit, en dernière instance, de simplifier les honneurs à rendre aux auteurs de ce symbole important : c’était désormais au président Nazarbaïev, considéré comme principal fondateur de l’État, que l’on devait la paternité de l’hymne national.
La composition fut inaugurée en grande pompe lors de la prise de fonction de Nursultan Nazarbaïev après sa réélection en 2006.
"Dans le ciel, un soleil d’or
Dans la steppe, des graines dorées
Mon pays !
Légende de courage
Dans la plus haute antiquité
Naquit notre gloire,
Fier et fort
Est mon peuple kazakh !
Ô mon peuple ! Ô mon pays !
Je suis la fleur que tu as cultivée
Je suis le chant qui retentit sur tes lèvres
Ma Patrie : mon Kazakhstan !
J’ai de l’espace à perte de vue
Et une route ouverte sur l’avenir
J’ai un peuple indépendant,
Rassemblé, uni.
Notre heureux pays,
Notre peuple !
Accueille les temps nouveaux
Comme un ami de toujours.
Ô mon peuple ! Ô mon pays !
Je suis la fleur que tu as cultivée.
Je suis le chant qui retentit sur tes lèvres,
Ma Patrie : mon Kazakhstan ! "
Le texte offre une tentative d’ancrage dans un passé lointain pour conférer une existence légitime à l’État-nation.
Par ailleurs, faisant système avec le drapeau, cet hymne présente d’emblée les mêmes éléments symboliques (astre solaire, ciel bleu).
L’attachement patriotique à la communauté nationale ainsi qu’au territoire, exprimé sur un mode lyrique (« ô mon peuple, ô mon pays ») transforme en une évidence l’adéquation entre le groupe humain et les frontières du Kazakhstan indépendant (« j’ai en peuple indépendant... notre heureux pays »).
Il est même celui qui garantit l’unité nationale. L’hymne, en tant qu’icône textuelle, contribue donc à la sacralité de l’ordre politique et sert de support à la « représentation subjective » de la nation, qui fonde le sentiment individuel d’appartenir à une même communauté.
Dans le cas présent, c’est bien celle de la nation kazakhstanaise.
Des moments plus ordinaires d’assimilation des symboles nationalistes existent, qui distinguent une communauté et permettent l’émergence d’une croyance relative au sentiment national.
Ainsi, les mariages sont une inscription particulièrement importante de cette appartenance identitaire dans la vie des individus.
dimanche 30 septembre 2018
Казахский фильм : «Подарок Сталину» / Cinéma kazakh : "un cadeau pour Staline "
1949. L'Union soviétique s'apprête à fêter les 70 ans de Staline.
Au Kazakhstan, dans un train de déportés, meurt un vieil homme juif.
Son petit-fils Sacha s'échappe du train aux côtés de sa dépouille, dissimulé parmi les cadavres.
Il est recueilli par Kasym, un vieux garde-voie qui pour mieux le cacher aux autorités le nomme Sabyr.
Dans le village des gens d'origines très différentes vivent en paix, mais le pressentiment d'une tragédie imminente est pourtant bien là.
Un cadeau pour Staline c'est à la fois le cadeau que le petit Sacha-Sabyr veut offrir au Petit Père des Peuples dans l'espoir de retrouver ses parents et le cadeau terrible que prépare l'Union soviétique à son leader : une explosion expérimentale atomique au Kazakhstan.
Dans son film, Roustem Abdrachev montre des relations humaines remplies de confiance et d'espoir, même dans les temps les plus sombres.
Il y parle de sujets qui lui sont chers et qui traversent ses trois films : ce qu'est devenir adulte et ce que signifie avoir une famille qu'elle soit une famille de sang ou une famille de coeur.
Au Kazakhstan, dans un train de déportés, meurt un vieil homme juif.
Son petit-fils Sacha s'échappe du train aux côtés de sa dépouille, dissimulé parmi les cadavres.
Il est recueilli par Kasym, un vieux garde-voie qui pour mieux le cacher aux autorités le nomme Sabyr.
Dans le village des gens d'origines très différentes vivent en paix, mais le pressentiment d'une tragédie imminente est pourtant bien là.
Un cadeau pour Staline c'est à la fois le cadeau que le petit Sacha-Sabyr veut offrir au Petit Père des Peuples dans l'espoir de retrouver ses parents et le cadeau terrible que prépare l'Union soviétique à son leader : une explosion expérimentale atomique au Kazakhstan.
Dans son film, Roustem Abdrachev montre des relations humaines remplies de confiance et d'espoir, même dans les temps les plus sombres.
Il y parle de sujets qui lui sont chers et qui traversent ses trois films : ce qu'est devenir adulte et ce que signifie avoir une famille qu'elle soit une famille de sang ou une famille de coeur.
Film complet sur Youtube :
samedi 29 septembre 2018
vendredi 28 septembre 2018
Стрит-арт в Алматы 2018 : Андрей Кравченко & Владимир Гвоздев : "Песня" / Andrey Kravchenko & Vladimir Gvozdev : "Chanson "
Le 3ème festival international du street art 2018 "MURAL FEST" d'Almaty, a commencé avec un l'artiste ukrainien Andrey Kravchenko (Андрей Кравченко).
Son travail est visible dans le District de bostandyk, à l'intersection des rues Zharokov et Timiryasev, l'artiste a travaillé sur son mur pendant 10 jours.
Le motif de l'esquisse est celui de l'artiste kazakh Vladimir gvozdev (Владимир Гвоздев), plus connu sous le pseudonyme de shege (Шеге) créé en 2008 et appelé "Chanson".
Bien que la technique d'exécution ressemble à celle d'un tapis, le travail original est fait avec de l'huile sur toile.
L'idée de l'oeuvre sont les souvenirs de jeunesse de l'artiste, quand les amis se réunissent, partagent le repas et chantent des chansons.
Sur la peinture murale, les visages n'ont pas besoin ni d'yeux ni de nez car ils se connaissent depuis si longtemps…tout passe par les sensations, les sentiments et les émotions.
Sur la peinture murale, les visages n'ont pas besoin ni d'yeux ni de nez car ils se connaissent depuis si longtemps…tout passe par les sensations, les sentiments et les émotions.
Photos : Дети Рисуют Мир & Marzhan Bitkenbaeva
mardi 25 septembre 2018
lundi 24 septembre 2018
Kazakhstan : le blason de la république
Cet emblème a été conçu par un descendant de l’ancienne élite kazakhe, réprimée sous Staline.
Šota Valikhanov est en effet président d’une association de tore, groupe particulier dans la société nomade des steppes puisqu’il se définit par ses liens de sang avec la généalogie gen-giskhanide.
Cet architecte est également l’auteur d’une des premières statues installées à Astana, celle de Kenesary, l’homme de la révolte contre l’impérialisme russe au XIXe siècle.
Il a en outre conçu le monument de l’indépendance qui se dresse sur la place principale d’Almaty, au-dessus duquel trône l’homme d’or "Altyn adam" en kazakh.
À la différence de son prédécesseur soviétique, le blason du Kazakhstan indépendant est composé d’un šanyrak central, sorte de métaphore de la maison commune, figurant la voute céleste et la stabilité quotidienne de l’habitat.
Le šanyrak est le faîte de la yourte qui laisse échapper la fumée du foyer, permet de voir les étoiles et de maintenir l’ensemble des composantes de la tente.
Le šanyrak est considéré comme un élément sacré chez les nomades des steppes car il sert de trait d’union entre la terre et les cieux.
En son sein, les trois baguettes représentent les trois žuz (hordes de tribus kazakhes)
Il y avait traditionnellement trois žuz : la grande, la moyenne et la petite, qui occupaient chacune des zones déterminées de la steppe sur lesquelles transhumaient les nomades, au mode de vie agro-pastoral. Mais la soviétisation (collectivisation, sédentarisation, industrialisation, urbanisation) a sévèrement perturbé cette organisation de la société.
Puis des rayons s’en écartent, qui figurent les tenants en bois d’une yourte.
Sur les côtés, des licornes ailées (tulpar), symboles puisés dans les ornements et bijoux de l’art scythe que l’on a découverts sur le casque de l’homme d’or, semblent représenter le service public ou l’intérêt général.
Tournées vers l’extérieur, ces licornes ailées sont reproduites en situation défensive pour le salut de la nation.
On retrouve les deux couleurs du drapeau, le bleu azur et le jaune or.
La partie basse du blason porte l'inscription "Kazakhstan".
Avec le tournant de l’indépendance en 1991, on passe donc d’un système de signification agro-soviétique à un autre (folklo-national), même si l’on retrouve l’étoile au sommet du figuré et une dynamique graphique d’encerclement du motif central par deux éléments aux lignes s’élevant vers le ciel (épis de blé ou chevaux ailés).
La rupture est moins formelle que symbolique avec les anciens symboles soviétiques, dans la mesure où les traces d’un passé légendaire (avec les chevaux à la place des épis de blé) et d’une culture ancestrale (l’emblème de la vie sous la tente et de la spiritualité nomade au lieu de la faucille et du marteau) viennent remplacer le cadre et le motif central d’antan.
Les armoiries du Kazakhstan sont composées de deux couleurs : d'or et d'azur.
Šota Valikhanov est en effet président d’une association de tore, groupe particulier dans la société nomade des steppes puisqu’il se définit par ses liens de sang avec la généalogie gen-giskhanide.
Cet architecte est également l’auteur d’une des premières statues installées à Astana, celle de Kenesary, l’homme de la révolte contre l’impérialisme russe au XIXe siècle.
Il a en outre conçu le monument de l’indépendance qui se dresse sur la place principale d’Almaty, au-dessus duquel trône l’homme d’or "Altyn adam" en kazakh.
À la différence de son prédécesseur soviétique, le blason du Kazakhstan indépendant est composé d’un šanyrak central, sorte de métaphore de la maison commune, figurant la voute céleste et la stabilité quotidienne de l’habitat.
Le šanyrak est le faîte de la yourte qui laisse échapper la fumée du foyer, permet de voir les étoiles et de maintenir l’ensemble des composantes de la tente.
Le šanyrak est considéré comme un élément sacré chez les nomades des steppes car il sert de trait d’union entre la terre et les cieux.
En son sein, les trois baguettes représentent les trois žuz (hordes de tribus kazakhes)
Il y avait traditionnellement trois žuz : la grande, la moyenne et la petite, qui occupaient chacune des zones déterminées de la steppe sur lesquelles transhumaient les nomades, au mode de vie agro-pastoral. Mais la soviétisation (collectivisation, sédentarisation, industrialisation, urbanisation) a sévèrement perturbé cette organisation de la société.
Puis des rayons s’en écartent, qui figurent les tenants en bois d’une yourte.
Sur les côtés, des licornes ailées (tulpar), symboles puisés dans les ornements et bijoux de l’art scythe que l’on a découverts sur le casque de l’homme d’or, semblent représenter le service public ou l’intérêt général. Tournées vers l’extérieur, ces licornes ailées sont reproduites en situation défensive pour le salut de la nation.
On retrouve les deux couleurs du drapeau, le bleu azur et le jaune or.
La partie basse du blason porte l'inscription "Kazakhstan".
La rupture est moins formelle que symbolique avec les anciens symboles soviétiques, dans la mesure où les traces d’un passé légendaire (avec les chevaux à la place des épis de blé) et d’une culture ancestrale (l’emblème de la vie sous la tente et de la spiritualité nomade au lieu de la faucille et du marteau) viennent remplacer le cadre et le motif central d’antan.
Les armoiries du Kazakhstan sont composées de deux couleurs : d'or et d'azur.
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